A quoi sert le ministre des sports ?

Le nouveau ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner. © Bertrand Guay / AFP
Le nouveau ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner. © Bertrand Guay / AFP

Par Pascal Praud (article du Point.fr )

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en mai 2007, Roselyne Bachelot, Bernard Laporte, Rama Yade, Chantal Jouanno, David Douillet, Valérie Fourneyron, Najat Vallaud-Belkacem ont occupé le poste de ministre des Sports, soit huit ministres en sept ans ! L’heureux élu du jour s’appelle Patrick Kanner. Il est inconnu du monde sportif et rien dans sa biographie n’annonçait sa venue dans les stades, mais je ne doute pas qu’il trouve les arguments pour crédibiliser sa nomination.

Neuf ministres depuis 2007 que l’histoire oubliera vite puisqu’à part porter le maillot de l’équipe de France les soirs de victoire, chanter la Marseillaise les jours de médaille, je ne vois rien de marquant dans le parcours des uns et des autres. D’où ma question ? À quoi sert un ministre des Sports ? Aux États-Unis, il n’en existe pas, et les athlètes sont les meilleurs du monde.

En France, les fédérations et les ligues professionnelles organisent leur compétition. Elles n’ont pas besoin d’une autorité de tutelle qui examine les dossiers de loin ou qui aborde les sujets sous l’angle purement politique.

Le cas Patrick Kanner est exemplaire. Il ne connaît pas le secteur. Il vient de Lille et de chez Martine Aubry. Cette carte de visite suffit à entrer au gouvernement.

Mépris

Le ministère des Sports est une variable d’ajustement pour caser des personnalités ou compléter un casting. D’ailleurs, les titres changent : un jour ministre, une autre fois ministre délégué ou secrétaire d’État. Notons que Thierry Braillard garde cette fonction et qu’il interviendra auprès de son ministre, comme hier auprès de Najat Vallaud-Belkacem.

Derrière les réceptions à l’Élysée et l’accueil des champions se cache une réalité : le budget des sports représente 0,17 % de celui de la nation. Le chiffre traduit le mépris des élites pour les 17 millions de licenciés sportifs dans le pays.

La personnalité des nommés, les moyens accordés démontrent que le ministère des Sports ne sert pas à grand-chose. Et chacun remarquera que les grands dossiers lui échappent : la sécurité dans les stades est traitée par la Place Beauvau, et Bercy a réglé les paris sportifs.

Le défaut de vision et l’absence de durée produisent l’inaction. Patrick Kanner passera comme les autres sont passés. Le mouvement sportif pestera contre ce manque de considération. Au fond, il est bien gentil. Et bien calme ! D’autres univers ruent dans les brancards pour moins que ça. Demandez aux anciens ministres de la Culture ce qu’ils pensent des intermittents du spectacle. Quand ils quittent le stade, les athlètes sont des agneaux. C’est bien connu.